Il y a quelques temps, un tweet indiquant "Les chômeurs suédois invités à travailler en Grèce et en Espagne" attira mon attention et me conduisit tour droit sur une courte notice publiée par les Echos.fr. Sous le même titre, cette notice indiquait (de source AFP) que "l'agence suédoise pour l'emploi {avait} lancé {...} une campagne exhortant les jeunes chômeurs à aller chercher des jobs d'été dans des pays frappés par la crise économique et la pénurie d'emplois, comme la Grèce et l'Espagne".
Jolie illustration pour ma note précédente, celle qui soulignait la nécessité, voire l'exigence, pour les acteurs qui en ont les ressources, d'opérer une "veille internationale" de qualité - à défaut de voir se propager tout et n'importe quelle représentation sur nos canaux d'expression actuels, particulièrement propices au "penser court". Car cette fameuse "campagne" n'était jamais, vérification faite, qu'une notice d'information insérée sur le site d'Arbetsförmedlingen pour informer les jeunes suédois de la tenue d'un forum emploi, organisé le 4 février, à Malmö, avec des entreprises de tourisme opérant en Europe du Sud (chaines hôtelières, villages vacances, bateaux croisières, etc..). Ledit forum était quant à lui une des activités organisée par le "pôle emploi suédois", dans le cadre du programme européen EURES.
Une occasion de porter un regard sur les initiatives de la communauté européenne en faveur de la mobilité, et sur le positionnement des différents pays et de leurs entreprises sur ces initiatives. Car depuis déjà 20 ans, la commission européenne collabore avec le réseau des services pour l'emploi des différents pays européens dans le cadre d'EURES. EURES, c'est en fait un portail qui donne accès à des informations relatives à la mobilité professionnelle, à des fonctionnalités de recherche d’emploi et de candidats ainsi qu’à un réseau de 800 conseillers EURES répartis dans les services nationaux de l'emploi.
A la fin janvier, ce portail donnait accès à plus de 1 250 000 offres d’emploi et à plus d'un million de CV, et 30 000 employeurs y étaient enregistrés. Ce sont apparemment les services de l’emploi de chaque pays qui mettent en ligne la quasi totalité des emplois offerts et l'on constate, en se promenant dans la base, des positionnements différents d’un pays à l’autre, s’agissant de favoriser et d’utiliser la mobilité internationale dans leur mission d'intermédiation. Sur la filière des métiers de l'informatique, de l'ingénierie et des sciences que l'on sait en tension, le portail offrait par exemple, à la fin janvier, 165 000 emplois. 46% étaient proposés en Belgique (75 000), 28 % en Grande Bretagne (45 000), 19% en Allemagne (30 000). Viennent ensuite la Suède (2 700) les Pays Bas (1 600) et enfin seulement la France, où étaient proposés 1 100 emplois.
La Suède est effectivement très pro-active dans le cadre d'EURES. Elle compte 56 conseillers EURES (comparés à 71 en France et 168 en Allemagne), tous employés d'Arbetsförmedlingen (le Pôle emploi suédois) et répartis à travers le pays. La page internet d'accueil d'Arbetsförmedlingen comportait, fin janvier 2013, une
vignette bien visible intitulée "Voulez-vous travailler à
l'étranger?" qui menait sur une liste de trois brèves: D’abord une information sur le 10ème Work Abroad Tour – un forum emploi annuel,
organisé dans trois villes différentes, rassemblant des entreprises internationales de toutes tailles, recrutant à l’étranger, et des ONG recrutant des volontaires. Ensuite une brève
sur le forum emploi organisé à Malmö rassemblant des entreprises de la branche
touristes basées en Europe du Sud qui propose des emplois d’été (quasi généralisés
parmi la jeunesse étudiante suédoise depuis le lycée) et des emplois à
long terme. Et enfin, une brève mettant en avant douze emplois proposés par Disneyland
à Paris. La partie « mobilité internationale » du site est riche en
rubriques et informations notamment sur tous les forums régionaux à venir et sur les différents types
d'emplois (au pair et volontaires inclus). Elle inclut une banque d'emplois spécifique avec,
à la fin janvier, quelques 760 offres européennes en ligne, dont 630 dans les pays nordiques (essentiellement la Norvège), 30 au Royaume Uni, 11 en Allemagne et 4 en France.
D’aucuns diront que la Suède est un petit pays et qu’il y est peut-être plus facile pour son service de l’emploi d’y organiser de façon centralisée la mobilité internationale dans les deux sens. C’est certes vrai, mais d’un autre côté, un très grand pays comme l’Allemagne se montre aussi plutôt actif dans le cadre d’EURES. En témoignent ses 168 conseillers répartis dans les «arbeitsagentur» du pays et le nombre d’offres d’emplois annoncées sur le site d’EURES pour la filière que j’ai prise en exemple, qui correspond de près à celui qui est sur la bourse aux emplois (Jobbörse) du site de la « Bundesagentur für arbeit ». La page d’accueil du site mène directement et facilement sur cette Jobbörse qui annonce, en bandeau et en continu, le nombre total d’emplois offerts, de sites employeurs et de places de formation professionnelle. C’est sur cette base là qu’on cherche les emplois à l’international : Fin janvier elle contenait 115 offres d’emploi en France, dans des filiales d’entreprises allemandes (à part trois emplois communiqués par deux hôtels). Il y avait 78 emplois offerts en Suède, 25% proposés par le service de l’emploi suédois, le reste mis en ligne pour des filiales d’entreprises allemandes. La version allemande du site ne contient pas de rubrique « internationale », mais les versions françaises et anglaises du site contiennent une page d’information détaillée pour les personnes voulant venir travailler en Allemagne avec un lien vers le site EURES.
En regard de ces deux pays pris en exemple, la France a un
positionnement plus mesuré. Le Pôle
emploi a cinq sites, en comptant le site « institutionnel ». Tout
comme en Allemagne, on y cherche un emploi à l’étranger sur la même base de données
que pour les emplois en France. Fin janvier il y avait 150 emplois proposés en
Allemagne et 5 en Suède, sans indication sur l’entreprise employeur. Sur
le site principal, il faut chercher un peu pour trouver une information sur
comment trouver un job à l’international. Il faut cliquer sur
« Actualités » puis sur « Mode d’emploi » puis sur
« Carrières ». Et dans la liste de rubriques qui s’affichent, l’avant
dernière ligne « Trouver un emploi à l’international » mène sur une
page d’information très complète avec un lien vers EURES. Mais le site publie
régulièrement des brèves sur la page d’accueil (que l’on retrouve ensuite
archivées sur Actualités > A l’affiche > Brèves) parmi lesquelles des
incitations à aller chercher un emploi à l’international. Ainsi cette brève
d’avril 2012 juste avant la journée de l’Europe et, en ce début février, l’annonce du Club Med’ qui recrute 5000
saisonniers pour l’été prochain, dans de nombreux pays (pas en Espagne,
mais tout de même en Grèce).
Donner une juste image de ces différents positionnements et juger de leur impact demanderaient une investigation plus précise qui ne serait certainement pas sans intérêt. Quoiqu’il en soit, EURES et son réseau existent, les entreprises doivent le savoir et il relève de leur initiative de faire en sorte que leurs offres y soient publiées si elles y voient un intérêt.
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Images: Parties de pages d'accueil des sites d'EURES, Arbetsförmedlingen et Pôle emploi (début février 2013)

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