Viavoice et la Reims Management School viennent de réaliser un nouveau sondage sur le niveau de confiance des jeunes en l'avenir, leurs perceptions et leurs valeurs. Elle était d'abord consultable "en exclusivité" sur le site des Echos, mais maintenant accessible sur Viavoice, où l'on peut d'ailleurs aussi consulter la version 2009 de l'étude, réalisée par les mêmes, mais supportée à l'époque par Le Parisien.
Qu'apprend-t-on de ce sondage 2011? Rien qui ne soit vraiment un scoop, par rapport à ce que l'on a lu en 2009, et même depuis plusieurs années, quand on se tient un peu au fait des recherches, études et articles de presse sur le sujet. A savoir, dans les grandes lignes, que "les jeunes" d'aujourd'hui, quel que soit leur niveau de qualification, placent la famille au premier rang de leurs valeurs, qu'ils sont fort sensibles à leur épanouissement personnel et qu'avoir un emploi et travailler dans de bonnes conditions est essentiel pour eux. Que la certitude et la sécurité de garder le même emploi à vie n'entre définitivement pas dans leur cadre de représentation et qu'ils sont même presque la moitié à imaginer pouvoir créer leur entreprise durant leur parcours professionnel. Qu'ils sont inquiets sur leur avenir mais plutôt confiants dans leur capacité à s'en sortir et à construire le monde de demain.
Ce n-ième "nouveau sondage exclusif sur les jeunes" me laisse penser que, s'agissant notamment de l'emploi et du travail, il n'y a plus raison de s'étonner des résultats et encore moins de prétendre, à intervalles réguliers, battre en brêche de soit-disant idées reçues que nous aurions encore sur les valeurs "des jeunes". Ce que les résultats d'études plus ou moins élaborées nous confirment depuis maintenant un certain nombre d'années, c'est, me semble-t-il, une autre représentation du travail et des trajectoires de vie qui s'installe dans les têtes et dans les pratiques, en général. Une représentation où flexibilité et mobilité entre situations, occupations, communautés, espaces et temps d'activités,.. sont des maître-concepts. Un modèle porté par "les jeunes" d'aujourd'hui qui n'en ont pas vraiment connu d'autres, et qui est devenu "la vision du monde" d'un assez grand nombre d'entre nous. Partant de là, le problème réside à mon avis davantage dans la difficulté des systèmes, des organisations et des process de travail, à s'adapter à ce changement de paradigme (confère ce que les jeunes de l'étude Viavoice pensent de la capacité des entreprises à les écouter) que dans une césure des valeurs et des représentations entre générations.
Je me rappelle qu'en 2004, une équipe de chercheurs du LISE* proposait un nouveau modèle de la place du travail dans la construction identitaire et les trajectoires de vie, porté par les jeunes qu'ils avaient rencontrés. Ce modèle, remplaçant le vieux modèle "concentrique" où le travail prenait une place centrale par rapport aux autres dimensions de la vie (famille, loisirs, amis, politique, etc...), portait le joli nom du "modèle de la torsade": Pour exprimer que le travail était devenu une valeur structurante parmi d'autres, un des fils (simplement peut-être plus gros pour certains) parmi ceux "qui s'entrelacent et se tendent vers un horizon de réalisation". C'est bien ce modèle de la torsade qui met de la cohérence dans les réponses aux deux sondages de Viavoice-RMS, avec juste du fil à retordre apporté en bonus par la crise.
Car s'agissant de la confiance en l'avenir, il est une différence, que personne n'a d'ailleurs soulignée, entre les sondages de 2009 et 2011: Les jeunes sondés en 2011 sont beaucoup plus nombreux à penser que leur situation future sera moins bonne que celle de leurs parents (32% contre 17%) ou comparable (27% contre 32%), et donc bien moins nombreux à voir leur situation être meilleure (28% contre 39%). Ce qui prouve que la réalité de la crise que nous traversons a maintenant bien imprégné leurs esprits. Et si les jeunes les plus favorisés socialement sont plus soucieux de ce 'déclassement', globalement, en termes d'avenir, tout le monde ne semble pas logé à la même enseigne. Mais c'est pour le coup "sans surprise" que le Directeur de Sup de Co Reims conclut son analyse en constatant, sans développer plus avant, que "moins un jeune est aujourd’hui formé, moins il nourrit les espoirs d’un avenir meilleur".
C'est vrai, "La machine a trier" nous parle tous les jours de la jeunesse coupée en deux, le Secours Catholique nous a récemment lancé son cri d'alerte à ce sujet, et l'AFEV publie aujourd'hui son pacte contre l'échec scolaire. Et à vrai dire, je pense que ce sont les solutions qui peuvent nous aider à dépasser cette situation, qui méritent aujourd'hui investigation et notre attention "exclusive".
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* B. Eme (dir.) et. al. « Identités des jeunes au travail », rapport de recherche, Ronéo LSCI-CNRS, Mars 2005. Dans le cadre d´un partenariat sous l´égide de l´ANVIE, avec La Poste, Peugeot, Adia.
Image: Zoom sur première page du rapport Viavoice-RMS-Les Echos
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