Si les universités (et je vous en ai déjà parlé) promeuvent, depuis quelques années, auprès de leurs étudiants, l’égalité des chances à l’accès et à la réussite dans leurs cursus ainsi qu’à l’intégration dans l’emploi, elles se sont, jusque-là, encore peu interrogées et peu mobilisées sur les questions de diversité et de mixité dans leurs propres structures. Mais les choses sont en train de changer, en tout cas en matière de mixité et d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Car, sur ce point, et si l’on y regarde de près, il en est des universités comme des entreprises : les femmes se raréfient au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des experts et des responsables. Les universités comptent beaucoup plus de professeurs hommes que femmes dans toutes les disciplines, et le même schéma prévaut dans toutes les fonctions de direction importantes, stratégiques et/ou politiques. Dans une récente interview, Vincent Berger, président de l’Université Paris-Diderot, rappelait que les universités « ont bénéficié d’un caractère dérogatoire par rapport à la loi Génisson de 2001 qui préconisait, dans les comités de recrutement de la fonction publique, un minimum de parité entre les femmes et les hommes. Elles n’ont pas eu non plus l’obligation d’une représentation équilibrée entre les hommes et les femmes dans les conseils centraux d’administration des universités ».
En 2009, la CPU avait en tout cas adopté une charte d’égalité professionnelle qui a depuis incité une petite vingtaine d’universités à désigner des chargé(e)s de mission Egalité/Diversité (CPED). Et en juin 2011, la nouvelle CPU a adopté une motion en faveur de l’égalité et de la parité entre les femmes et les hommes dans l’enseignement supérieur et la recherche, dans laquelle elle inscrit clairement la mixité dans les enjeux stratégiques d’attractivité de l'université et exprime l’idée que la recherche et l’enseignement puissent tirer des bénéfices d’une plus grande diversité de ses acteurs.
En matière d'avancées concrètes, c'est l’université Paris-Diderot qui a été pionnière en créant, dès octobre 2010, un Pôle Egalité Femmes-Hommes, premier et seul service universitaire dédié à cette question dans les universités françaises. Le pôle s'est immédiatement attelé à réaliser un état des lieux statistique sexué de son personnel et de ses étudiants et avant l'été, Laure Bonnaud, responsable du pôle, présentait au conseil d'administration de l'université un programme d'actions complet. On y retrouve l’ambition d’une approche systémique de la question, à l’image des démarches de mixité et d’égalité professionnelle lancées dans les entreprises, avec des mesures qui s'adressent à la fois aux personnels et aux étudiants. Des actions de sensibilisation et des sessions courtes de formation ont déjà été dispensées auprès des différents publics.
Laure Bonnaud, chercheuse et enseignante en biologie, me disait récemment que pendant longtemps, comme beaucoup d'autres femmes et hommes à l'université, elle n'avait pas voulu voir de problèmes en matière d'égalité professionnelle hommes-femmes dans son milieu de travail, mais que ce sont des constats chiffrés qui ont créé une prise de conscience chez elle. Elle est en tout cas convaincue, comme le sont aujourd'hui beaucoup d'entreprises bien plus en avance sur le sujet, de la nécessité d'une approche qui embarque autant les hommes que les femmes, parce qu'au bénéfice de tous à terme.
Cela prendra certainement du temps pour analyser freins et leviers à plus de mixité et d'égalité et pour agir aux bons niveaux dans le contexte organisationnel, "managerial" et culturel bien spécifique du monde universitaire. Pragmatiques, les chargé(e)s de mission Egalité/Diversité déjà en place dans les universités, se sont d'ores et déjà constitué(e)s en "conférence permanente" pour partager leurs pratiques. Affaire à suivre...
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Image: Détail de la bannière "Pôle égalité femmes-hommes" sur le site internet de l'Université Paris Diderot

