Les experts nous avaient bien dit, l'année dernière, que les salariés français étaient prêts pour le télétravail. Le baromètre de l'observatoire de la parentalité nous a confirmé, cette année, qu'avoir la possibilité de travailler à domicile était la mesure d'organisation du travail plébiscitée en priorité par une proportion de plus en plus importante de salariés parents. Restaient donc les freins d'abord culturels et techniques pour expliquer que les entreprises, en France, étaient néanmoins très à la traine pour introduire plus de flexibilité dans leur organisation du travail.
Voici maintenant l'ORSE qui insiste et nous dit "qu'au vu des pratiques de télétravail constatées dans les entreprises, il en ressort qu’aucun obstacle juridique n’empêche les entreprises d’innover en repensant les relations de travail employeur/salarié, en conciliant à la fois démarche négociée et innovation sociale". L'ORSE vient en effet de réaliser un état des lieux dans les quelques 35 entreprises précurseures qui ont signé, ces dernières années, des accords ou chartes, en interne, sur le télétravail. Cet état des lieux est à la base d'un nouveau guide que l'Orse a présenté juste avant Noël - un outil d'aide à la négociation dans l'entreprise pour la mise en oeuvre du télétravail.
Ainsi donc les entreprises ne manquent-elles aujourd'hui ni d'expertise ni d'incitations de la part de leur environnement pour saisir cette question et en faire une opportunité de réfléchir, voire d'innover, s'agissant de leur organisation du travail, leurs relations de travail et leurs modes de management. Car faut-il rappeler aussi qu'Eric Besson, ministre de l'économie numérique, a exprimé clairement sa volonté de réduire le retard actuel de la France en matière de télétravail et que pas moins de trois études ont été lancées cette année par l'état sur le sujet. L'une sur les "Perspectives de développement du télétravail dans la fonction publique" confiée au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET). Elle va être suivie d'une étude sur le télétravail dans les grandes entreprises européennes, alors qu'une autre a été commandée en juillet dernier au cabinet Greenworking, sur les pratiques des grandes entreprises françaises en la matière.
Mais tout aussi intéressante dans ce mouvement est sans doute la multiplication des initiatives hors l'entreprise, qui visent à faciliter et d'une certaine manière "co-organiser" avec les entreprises, le télétravail et le travail à distance, pour en optimiser les avantages pour ces dernières et pour la collectivité. Je pense aux télécentres qui se développent aujourd'hui à l'initiative des collectivités locales, dans les zones rurales peu peuplées (par exemple dans le Cantal qui a été précurseur en la matière) ou les zones ultrapériphériques des grandes villes (par exemple en Seine et Marne qui vient de lancer une étude de marché sur le télétravail et les télécentres). Ils accueillent à la fois les entrepreneurs et travailleurs indépendants et les salariés d'entreprises, PME ou grands groupe, qui ne veulent ou ne peuvent pas se dépacer tous les jours vers leur lieu de travail principal. Et la start up e-worky n'a pas été en reste pour mettre à disposition des salariés et des entreprises des portails qui recensent ou identifient les télécentres et autres espaces de travail collectifs. Et signe des temps aussi, l'initiative de ce promoteur immobilier qui a conçu le premier 'village du télétravail', à Mélesse, près de Rennes, bientôt habitable, à quelques détails techniques près....(présentée par "Zevillage" - un réseau social du télétravail et des nouvelles formes d’organisation du travail) ?
Il semble qu'un système d'innovation autour des modes de travail à distance soit en train de se mettre en place et de se structurer, dans lequel les entreprises pourraient bien avoir intérêt à prendre leur place et à jouer leur rôle, au bénéfice à la fois de l'emploi, du progrès social et de leur performance.
____________________________________
Images: Timbres algérien sur les télécentres, canadien sur les innovations d'aujourd'hui (le blackberry) et arménien sur les télécommunications.



Merci Catherine pour cette 1ère mention de l'année ;-)
Meilleurs voeux et vive le travail à distance !
Rédigé par : Xavier | 02/01/2012 à 16:46