Episode 3
En février dernier, c'est l'Institut Montaigne qui se préoccupa à son tour de la formation de nos futurs ingénieurs, en publiant une étude menée cette fois par un trio de jeunes polytechniciens et intitulée: "Comment adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation".
A l'instar de toutes les études publiées par le prestigieux think tank, l'argument est brillamment construit et des pistes sont proposées à partir d'un état des lieux à première vue sans concessions. Nos 220 écoles d'ingénieurs accréditées CTI, puisque ce n'est cette fois que d'elles qu'il s'agit, sont longuement
mises au pied du mur: Les ingénieurs qu'elles forment sont démontrés être trop frileux vis à vis de l'entrepreneuriat, leurs capacités "à conduire des hommes et des projets" sont discutées et leurs dispositions à se former à la recherche sont jugées bien trop faibles. Le système est dans son ensemble déclaré inadapté aux grands enjeux de compétitivité, avec une dispersion encore trop grande de ses établissements, trop peu de rapprochements et de pluridisciplinarité, trop peu de visibilité et d'attractivité à l'international. Des écoles qui ne font pas assez de place à la langue anglaise, qui donnent trop de confort à leurs élèves et qui recrutent une population socialement de plus en plus homogène...
Les auteurs en dégagent des pistes concrètes et intelligentes pour valoriser les comportements innovants et entrepreneuriaux des élèves de grandes écoles, pour leur offrir des outils, des moyens et un environnement qui soient plus propices au développement de la recherche et de l’innovation de haut niveau.
Ces propositions ne créèrent pas cette fois de polémique, même si l'état des lieux qui se déroule tout au long d'une soixantaine de pages exprime à première vue une critique sans nuances - et ô combien plus virulente à l'égard des écoles concernées que les quelques lignes qui qualifient le modèle des écoles d'ingénieurs françaises dans le rapport de l'AERES (voir épisode précédent).
Car tout dépend finalement non pas de la rigueur et de la finesse de l'analyse proposée, mais bien de qui nous fait regarder quoi et de quel 'point de vue'.
Le groupe de travail de l'AERES (une quarantaine de femmes et d'hommes, universitaires et enseignants d'école, en disciplines techniques et humaines) a centré son analyse sur les modèles de formation d'ingénieurs dans le monde et a réfléchi sur comment faire évoluer notre modèle uiversitaire pour que notre système global de formation d'ingénieurs réponde "tant à la pluralité des métiers d'ingénieur qu’à celle des profils des étudiants".
Les trois jeunes polytechniciens mandatés par l'Institut Montaigne ont porté leur regard sur les écosystèmes d'innovation qui se structurent dans notre économie globalisée. Ils se sont nourris des réflexions de leurs 'pairs' pour réfléchir sur comment faire évoluer nos écoles d'ingénieurs et en faire le mur porteur d'un écosystème d'innovation français mondialement compétitif.
De ce 'point de vue', ils ont d'ailleurs aussi pu voir (et nous faire savoir) que 90 % des étudiants des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses sont issus de milieux favorisés, contre 70 % il y a 50 ans. Pour rappeler, en se démarquant d'un positionnement purement moral, l'enjeu économique d'identifier le plus tôt possible les élèves méritants et prometteurs qui ne peuvent pas accéder facilement aux classes préparatoires, pour leur proposer des filières alternatives d'accès.
D'où leur dixième et dernière proposition: Créer, au sein des écoles et en partenariat avec des universités, des filières de licence qui permettent d'accéder au cursus ingénieur des écoles qui les ont créées. De nouvelles licences donc, au recrutement sélectif, dont la conception pourrait justement "s’appuyer sur la proposition [de référentiel] formulée par l’AERES". Et qui pourrait de plus constituer un vivier de recrutement naturel, non pas seulement pour les cursus d’ingénieurs de grandes écoles mais "aussi pour d’autres formations de niveau master, induisant une diversification bienvenue des cursus".
Une proposition pour le moins magistralement ficelée qui m'a brusquement évoqué le 'Panoptique'. Avec ce point d'observation d'où l'on englobe tous les angles de vue possibles parce qu'on se situe en plein centre d'une structure totalement fermée.
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Photo: Deux des auteurs du rapport - Arrêt sur images d'une video que vous pouvez regarder ICI