Les années passent, les évènements et déclarations volontaristes marquant le 8 mars se succèdent, mais les inégalités salariales restent les mêmes, "comme un noyau dur indestructible et persistant des inégalités entre hommes et femmes" pour reprendre les termes de Rachel Silvera.
Les facteurs expliquant ces différences sont certes multiples et s'entrecroisent. Nous savons en tout cas que la ségrégation professionnelle importante et persistante qui existe sur le marché du travail est un facteur qui pèse beaucoup. Car les femmes occupent en majorité les postes, les métiers et les secteurs les moins rémunérateurs. Dans ce contexte, se centrer uniquement sur la promotion de la mixité des emplois et persister à analyser et identifier la discrimination salariale seulement dans des situations où les hommes et les femmes sont "à poste égal", repousse effectivement l'égalité salariale à un avenir très lointain. Car c'est occulter, ce faisant, les stéréotypes de genre qui interviennent dans l'évaluation des emplois et aboutissent trop systématiquement à la sous-valorisation des emplois occupés majoritairement par les femmes.
Rappelons que le principe "d'un salaire égal pour un travail de valeur comparable" existe dans la loi française depuis 1972 et que l'article 13 de l'Accord National Interprofessionnel relatif à la mixité et à l'égalité professionnelle de 2004 prévoyait un "réexamen quinquennal des classifications, des critères d'évaluation retenus dans la définition des différents postes de travail afin de repérer, de corriger ceux d'entre eux susceptibles d'induire des discriminations entre les hommes et les femmes et de prendre en compte l'ensemble des compétences mises en oeuvre". Le cadre est donc posé depuis longtemps; il reste à faire le travail, qu'ont déjà réalisé depuis plusieurs d'années d'autres pays comme la Belgique, le Québec, les pays nordiques, la Suisse...
Deux chercheuses - Rachel Silvera et Séverine Lemière - ont initié ce travail en France en comparant cinq paires d'emplois à dominante masculine/féminine, à l'aide d'études de cas où titulaires, responsables RH, partenaires sociaux, etc, se sont exprimés sur les métiers en question. Leur étude montre que les métiers à prédominance masculine sont unanimement caractérisés comme de vrais métiers, avec une culture forte et des revendications collectives. Les métiers à prédominance féminine sont définis de manière plus floue et un peu "fourre-tout", et réfèrent en partie à des compétences invisibles. Ils sont très personnalisés par leurs titulaires et font l'objet de peu de revendication collective. Selon la prédominance de genre des métiers, les notions de qualification, de pénibilité, de technicité, d'encadrement, de rôle du diplôme, de polyvalence sont plus ou moins valorisées.
Ces résultats sont en adéquation avec ceux des expériences étrangères et nous donnent de tous premiers éléments sur les risques de discrimination qui existent dans les évaluations des emplois. Il y a quelques mois, La Halde a donné la possibilité aux deux chercheuses d'initier et d'animer un groupe de travail dont l'objectif sera à terme et sur l'exemple d'autres pays, de développer une méthode d'évaluation non discriminante des emplois et des compétences. C'est une démarche collective de longue haleine auquel se prépare ce groupe composé de membres d'horizons différents (institutions, DRH, partenaires sociaux, chercheurs,..) tous expérimentés ou experts et surtout tous déterminés à réaliser ensemble un travail de fond sur la question. Je vous en reparlerai, le moment opportun, pour avoir la chance de participer à ce collectif.
L'étude doit faire l'objet d'une publication à la Documentation Française en avril prochain
Je vous recommande en attendant la lecture du chapitre "les multiples facettes des inégalités de salaires entre les hommes et les femmes" qu'ont écrit Séverine Lemière et Rachel Silvera dans l'excellent ouvrage coordonné par Annie Cornet, Jacqueline Laufer et Sophia Belghiti-Mahut: GRH et Genre (Vuibert, 2008).
La photo est celle d'un des posters de la campagne européenne pour l'égalité salariale dont le matériel est téléchargeable sur le site dédié de la Communauté Européenne



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